Saguenay, entre grandeur et décadence : ce que disent les citoyens

Photo : Michel Rathwell, via Wikimedia Commons (CC BY 2.0).

Il y a des endroits qui restent gravés dans le cœur. Pour beaucoup, Chicoutimi et le Saguenay font partie de ceux-là. Pourtant, à lire les témoignages qui circulent sur les réseaux sociaux — notamment sur Spotted Saguenay — une fracture se creuse. Et ce n’est pas qu’une affaire d’esthétique ou de nostalgie. C’est un cri de lassitude, de colère, et parfois même, de résignation.


Un centre-ville qui perd son âme

La rue Racine, autrefois symbole de vitalité, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les commerces ferment. Les façades vieillissent. Les passants se font rares.

« Le centre-ville est laissé à l’abandon. Le vieux port ne va guère mieux. À part les festivals devenus payants, il ne se passe plus rien à Chicoutimi », déplore un citoyen.

Un autre ajoute :

« Le jour où ils ont détruit la maison blanche pour agrandir le manoir Champlain, j’ai compris que le respect du patrimoine, ils s’en foutaient carrément. »

Même les projets censés “revitaliser” le secteur ne convainquent pas :

« Une marelle géante devant la cathédrale, des bancs en forme de mouchoir usé… franchement, qui pense à ça ? »

Et pendant que Racine se vide, le boulevard Talbot bourdonne. Condos, restos, cliniques — l’énergie semble s’être déplacée. Mais à quel prix ?


Une fusion municipale toujours aussi amère

Vingt ans après la création de la “ville de Saguenay”, plusieurs citoyens estiment que la fusion a été un désastre.

« Avant, chaque ville travaillait pour elle-même, on appelait ça l’esprit de clocher. Aujourd’hui, tout est centralisé, impersonnel, mal réparti. »

« Chicoutimi ne reçoit pas sa part des budgets. On investit à Jonquière, à La Baie… mais ici ? Rien. »

Même Julie Dufour, mairesse actuelle, reconnaissait en 2022 dans une entrevue à TVA Nouvelles que la fusion avait créé un sentiment d’injustice durable entre les arrondissements.

🔗 Lien vers l’article de TVA Nouvelles – 17 février 2022

Certains candidats aux élections municipales de 2025 proposent même de revenir à l’ancien nom “Chicoutimi”, pour rétablir un certain équilibre identitaire.


Politique locale : de la fierté à l’amertume

S’il y a bien un nom qui revient souvent, c’est celui de Jean Tremblay. Critiqué à l’époque, il est pourtant aujourd’hui perçu par plusieurs comme le dernier maire à avoir réellement porté une vision d’avenir.

« On s’ennuie de Ti-Jean Tremblay. Pas parfait, mais la ville avançait. »

Depuis son départ, le ton change :

« Trois mairesses plus tard, on a eu droit à des querelles, des procès, des décisions absurdes. La dernière en poste est la pire de toutes. »

Le climat politique local est perçu comme toxique. Et la confiance s’effrite.


Les jeunes partent. Les anciens regrettent. Et les autres restent… déchirés

Parmi les témoignages, plusieurs racontent être partis du Saguenay, puis revenus, pour finalement repartir, déçus.

« Je suis revenue en 2023 vivre au Saguenay… et je constate la même chose. Je pense retourner vivre ailleurs au Québec. »

D’autres, plus jeunes, ne se font pas d’illusions :

« On attend juste de pouvoir partir à Montréal. »

Mais tout le monde n’est pas d’accord. Quelques voix tentent de tempérer :

« Moi je vois le beau. Oui, il y a des choses à améliorer, mais on est bien ici. Ceux qui sont jamais contents devraient partir. »


Ce n’est pas juste Chicoutimi

Plusieurs personnes élargissent le débat : ce n’est pas un mal propre au Saguenay. Montréal aussi vit ses difficultés. Les centres-villes désertés, la pauvreté, la décrépitude… c’est un problème qui dépasse notre région.

Mais la différence, ici, c’est que la beauté naturelle, la tranquillité et la proximité humaine devraient être notre plus grand levier. Et pourtant, on peine à en faire une force.


Et maintenant ?

Il ne s’agit pas de blâmer, ni de jeter le bébé avec l’eau du bain. Mais les citoyens ont parlé, et leurs mots sont clairs : la colère monte, la confiance descend.

Des initiatives locales existent — revitalisation intégrée, projets communautaires — mais elles manquent de souffle, de leadership, de vision globale. Et surtout, elles manquent d’une population mobilisée.

Ce n’est pas un appel à la révolte. C’est un appel à rebrancher Chicoutimi sur ses racines. À retrouver le fil.

Comme le disait Pierre Foglia : « Sans Chicoutimi, le Saguenay–Lac‑Saint‑Jean serait en Abitibi. »

Aujourd’hui, plusieurs ont l’impression qu’on y est presque.


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